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Au pays des Akhas

Alors que nous étions sagement en train de nous demander ce que nous pourrions bien faire le lendemain dans cette ville de Muang Khua, notre guide, Bounma, un ancien professeur d’anglais du village, a surgi au milieu de la nuit (tel Zorro) pour nous proposer cette virée magique au cœur du Laos, chez les Akha.

Il nous a emmenés dans ce village encore reculé et il a fallu 2h de pirogue et 4h de marche dans la jungle pour y arriver et apparemment, on aime le croire, seulement un autre groupe y avait été accueilli. Il faut savoir que pour venir dormir chez une ethnie, il faut que le chef vous accepte. Et puis, il y a quelques règles à suivre comme, ne pas toucher au portique en bois qui ouvre sur le village. En général, il est paré d’amulettes pour le protéger. Celui où nous nous sommes rendus avait une mâchoire de chien sauvage, ainsi que les poils de celui-ci suspendus. Cet animal avait attaqué le village et il a été tué, puis dépecé pour ainsi, protéger de ses amis qui pourraient venir à leur tour. Brrr… Ça fait froid dans le dos. Et puis, quand bien même on voudrait se rendre seul dans ce type de villages, il faut savoir se repérer dans la jungle et ça, on vous le dit, ça relève du défi. La jungle, ça veut dire : on regarde ses pieds pour éviter de glisser, trébucher, ramasser une sangsue ou tomber dans un trou, et on lève la tête pour éviter de se cogner, se prendre un bambou dans l’œil, s’étrangler dans une liane qui traverse le chemin, se prendre une grosse branche et regarder devant aussi quand même. Bref, ce n’est pas de tout repos et en plus, quand on est entouré de jungle, va trouver un point de repère pour te localiser géographiquement… Mission impossible pour nous, car même les expériences précédentes en montagne n’ont rien à voir avec tout ça. Du coup, le mieux est encore de partir avec un guide local, qui s’occupera de couper les branches à l’aide de son couteau de cuisine, de montrer le chemin et surtout de communiquer avec les villageois qui pour peu, ne parlent même pas laotien 🙂

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L’ethnie dans laquelle nous sommes venus, se trouve au Nord-est et le village n’est accessible que depuis 2 ans, du fait de travaux pour construire un barrage. Ici, on y cultive le riz, mais aussi l’opium. C’est la dernière région autorisée à le faire ou du moins, le gouvernement le tolère. En effet, cette région très pauvre et assez reculée n’a que peu de ressources et fabrique ses armes pour chasser. Les femmes travaillent à la culture du riz et les hommes, quand ils n’en comsomment pas, sont dans les champs d’opium ou à la chasse. Néanmoins, ce village nous a accueillis à bras ouverts et avec une grande générosité. Le chef du village qui s’occupe de tous ses petits enfants (il a 4 garçons et 9 filles, on vous laisse imaginer le nombre de petits enfants) nous a hébergés, mais les autres maisons ont quasiment toutes voulu nous inviter et ici, on reçoit avec du Lao Lao. Le Lao Lao, comment vous dire, ça sent l’alcool à brûler et ça peut en avoir le goût aussi. Le secret, c’est que ça se boit par 2 : 2 avant le repas et 2 après. Si on vous en sert un cinquième, bravo ! vous êtes bons pour un autre tour.

Après quelques verres donc, et un peu de concombre gentiment offert, nous avons été invités à un premier dîner dans une des familles du village. Le jour même, un sanglier avait été chassé. Nous avons donc eu la chance de manger de la bonne viande fraîche. Enfin, la chance … c’est un bien grand mot. Premier jour oblige, ce sont les abats qui sont cuisinés en premier. Bon appétit bien sûr. Après ce dîner quand même copieux, et quelques verres de Lao Lao plus tard, nous devons retourner chez le chef du village qui nous attend. Nous dînons à nouveau, et bien entendu, on nous ressert du Lao Lao. Là, le chef du village qui ne parlait pas très bien laotien, et qui commençait, lui aussi, à être attaqué par l’alcool « frelaté », eut cette idée merveilleuse de chanter. Quoi de mieux en effet pour communiquer dans des langues étrangères. Les enfants des maisons voisines se joignent à nous. Nous arrivons vite à leur faire prendre le relai pour chanter.

Dans ce village, la vie est simple : les habitants vivent au rythme du soleil, les enfants bénéficient d’une petite école itinérante, derrière la maison du chef, les animaux paissent entre les maisons ; poules, coqs, vaches, cochons noirs, vaquent à leur occupation, alors que les habitants, quand ils ne sont pas au champ, cousent, cuisinent, balayent, discutent… Les femmes portent encore quotidiennement une tenue traditionnelle : elles ont une coiffe qu’elles ne quittent jamais, pas même la nuit, un legging coloré et une veste bleu indigo. Dans la plupart des autres villages, les femmes se sont occidentalisées et ne portent plus forcément ce genre de tenue. Alors que nous avions remarqué qu’ils n’avaient aucune photo d’eux, et sans doute pas les moyens d’en avoir, nous avons proposé d’en prendre une de la famille pour leur envoyer. Le guide leur a demandé et ils étaient d’accord, mais la femme de la maison a tenu à se changer pour l’occasion. Elle nous a fait l’honneur de porter sa tenue de fête, parée de bijoux. Apparemment, chose très rare, selon une américaine rencontrée plus tard, qui travaille au Cambodge et qui est passionnée d’ethnies. Celle-ci organisait d’ailleurs une expo au moment de notre venue, à Luang Prabang au TAEC (Traditional Arts & Ethnology Centre), sur les différentes ethnies laotiennes, dont les Akha. Plus d’infos sur son travail ici.

Voilà, cette expérience exceptionnelle, pleine de spontanéité, que nous avons eu la chance de vivre avec un guide, qui ma foi, ne nous a pas donné l’impression d’être des pigeons porte-monnaie, même si cette expérience nous a quand même coûté pas mal, au point d’y réfléchir à deux fois avant de se lancer. Mais c’est sans aucun regret, bien au contraire.

4 thoughts on “Au pays des Akhas

  1. merci bcp pour tous ces beaux moments que vous nous faites partager.
    merci aussi pour les photos et les recettes de cuisine.
    merci enfin pour les cartes postales que j’ai reçues de Chine et du Laos.
    cela fait plusieurs fois que j’essaie de vous envoyer un « commentaire » mais à chaque fois ça ne marche pas…
    gros bisous. Chantal

  2. Oh miracle! je crois que mon message est parti… je ne sais pas s’il arrivera jusqu’à vous…
    Où que vous soyez (nous n’avons pas de reportage depuis fin novembre :-(), je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année.
    Bisous Chantal

    1. Bonjour Chantal ! Ne vous en faites pas, on revient très vite avec plein de photos, reportages, articles, recettes…
      Merci de nous suivre !!

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