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Indawgyi

La Birmanie, cela ne dirait pas comme ça, mais c’est un très grand pays. Que vous souhaitiez vous rendre dans la ville de Mandalay, Bagan, Ngapali, Hpa-an, ou autre, c’est très simple : comptez 7 heures de voyage en bus en moyenne. L’option bus de nuit est très bien, même si cela signifie la plupart du temps que le départ a lieu à 19h. On peut alors tabler sur une arrivée vers 3-4h du mat. En général, on vous expédie hors du bus et on vous fait comprendre qu’il ne faut pas trop traîner. C’est à ce moment précis que les gens oublient des objets dans le bus : casquette, boîtier de lunettes, ukulélé, Kindl… D’après notre expérience partagée avec un italien, si vous oubliez quelque chose dans le bus (au Myanmar), il ne faut pas désespérer. Dans ce cas précis, c’était sa liseuse Kindl. Il a tenté le coup et, après plusieurs trajets dans des bus à travers le pays, la liseuse est revenue à lui. C’est comme ça ici. Vous pouvez certainement avoir un degré de confiance élevé dans les birmans, on vous le dit.

La plupart des trajets font donc 7h. Mais s’il vous prend l’idée de voir le plus grand lac du pays et de faire partie des quelques 200 touristes qui s’y rendent chaque année, il faut alors compter 20h de train depuis Mandalay, puis 3-4h de truck 4×4. Et là, vous avez alors le privilège de venir dans un endroit où, tout d’abord, tous les birmans ne peuvent malheureusement pas aller (du fait de conflits entre l’armée de l’indépendance kachin et l’armée régulière depuis des décennies // affaire complexe), et vous pénétrer un lieu hors des circuits touristiques ordinaires. Pourtant, une fois là bas, pas grand chose à faire : du kayak sur le lac, une promenade à vélo sur des routes en construction (ça c’est folklorique), promenade dans les villages à la rencontre des locaux qui suivent le cours normal de leur vie sans se soucier de vous, tout en étant super chaleureux et souriants. Tout ce que l’on aime. Après la folie des rues yangoonaises, la chaleur étouffante et le monde qui fourmille de partout, c’est un vrai bonheur. C’est ici que nous avons passé le nouvel an. Ce lieu est, il faut le savoir, habité par quelques chrétiens. De nombreuses églises et croix bordent les chemins. Nous avons assisté à un spectacle de réveillon sur le parvis d’une église. Chants, spectacles de danses locales (pas très jolis jolis il faut le dire, mais ça avait son charme) et dégustation de galettes de riz gluant, préparées pendant ce même temps derrière la scène. Un grand feu et tout le monde se réunit et danse au passage de la nouvelle année. 10 minutes plus tard, un prêtre ou tout comme, intervient et le calme revient dans l’assistance. C’est là que nous décidons de rentrer avec nos acolytes américains (vive le Maine!) et allemands.

Le lac Indawgyi laisse poser quelques questions : aujourd’hui, le lac est exploité par les habitants qui y puisent leur eau quotidienne. Bien sûr, tout est filtré et bouilli (ils sont fragiles comme nous). Ce site magnifique a été abordé par l’UNESCO mais, tant que les ethnies ne cesseront pas de s’affronter, l’organisation ne posera pas sa certification. En même temps, si elle le faisait : aujourd’hui, le responsable du site souhaite pour le lac son développement et une ouverture plus évidente aux touristes. Mais tel qu’il l’exprime, il souhaite l’ouverture de petites guest houses et non de grands hôtels. Il souhaiterait que les investisseurs soient internes et non extérieurs au pays, pour préserver les lieux et réinvestir chez les locaux et leur artisanat. Sur le papier, c’est remarquable. Mais dans les faits ? A Yangon, il y a quelques années, le peu d’expatriés (français pour ceux que nous avons rencontrés) disaient à leurs amis de venir dans ce pays, que c’était magnifique et qu’il y avait des tas de choses à y faire. Personne n’est venu par peur de ce pays considéré comme « risqué ». 20 à 30 ans plus tard, de gros investisseurs sont arrivés, construisant des immeubles tels des montagnes dans la ville, des hôtels plus luxueux les uns que les autres et, les uns à côté des autres. Le marché de l’automobile s’est ouvert à l’international, faisant entrer des milliers de véhicules dans le pays, pour des infrastructures routières non modifiées. Résultat : à toute heure, on se croirait à Paris aux heures de pointe. 2h en moyenne pour parcourir 10km. Joli ! Alors effectivement, nous parlons de Yangon, l’ancienne capitale du pays. Mais si l’ouverture de ce pays magnifique faisait céder les moindres territoires à cette débandade d’hôtels 4 étoiles sans charme, à l’arrivée d’un tourisme de masse qui vient gâter le côté si spontané des locaux car après tout, ils ont bien le droit de tirer partie de ce développement, mais l’argent change les rapports entre les gens. Personne ne peut dire le contraire. Alors où est l’équilibre entre ces lieux « dévastés » par les grues, pendant encore quelques années, le temps de tout reconstruire, et ces autres lieux encore sauvages, qui font le plaisir des touristes égoïstes qui veulent partager cela en comité restreint, et qui souhaiteraient conserver ce côté « authentique », qui ancre les habitants dans une époque révolue chez nous ?

C’est toute la question que pose le tourisme équitable et on souhaite bien du courage à ceux qui bûchent dessus. Pour avoir vécu des expériences dans les 2 types d’endroits, nous ne savons que penser.

En attendant, on profite des lieux en photos et c’est tout.

Bonne journée à tous !

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